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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 20:32
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Les 112 députés égyptiens qui ont ­ en vain ­ réclamé à cor et à cri l'interdiction de L'Immeuble Yacoubian n'avaient peut-être pas tort en craignant que ce film ne démolisse l'image si soigneusement entretenue de l'Egypte. Oubliés les pyramides, les danseuses du ventre à bourrelets, l'"egyptian lover" à l'oeil humide, le comique facile et la cavalerie lourde, qui peuplent d'ordinaire le box-office égyptien. Le premier long métrage de Marwan Hamed, 28 ans, est non seulement le film le plus cher de l'histoire du cinéma égyptien, mais aussi une bombe à portée internationale qui vient briser tous les tabous du monde arabe: corruption politique, hypocrisie religieuse, homosexualité, islamisme, torture policière, tout y passe.

Depuis la sortie du film au Caire, au début de l'été, le débat fait rage entre ceux, ravis, qui n'en reviennent pas d'avoir pu voir un film arabe aussi audacieux, sans compromis et sans censure, et ceux, choqués, qui estiment que ce film nuit à l'image du pays. «C'est un scandale, les gens vont croire que l'Egypte ce n'est que ça», rage un professeur d'université au sortir d'une séance. Adaptation assez fidèle du best-seller d'Alaa el-Aswany, L'Immeuble Yacoubian conte la vie des habitants d'un immeuble autrefois cossu du centre-ville du Caire. Au rez-de-chaussée vivent le portier et son fils Taha, étudiant méritant. Dans les étages se croisent Zaki, un play-boy vieillissant, Hatem, journaliste homosexuel raide amoureux d'un troufion sans le sou, ou Hag Azzam, ancien cireur de chaussures reconverti en businessman cul-bénit et, accessoirement, trafiquant d'héroïne.

Sur le toit enfin vit une foule de miséreux, dont la voluptueuse Boussaïna, qui tente tant bien que mal de garder son travail tout en préservant sa virginité. A travers eux, tous les maux de l'Egypte contemporaine sont épinglés, avec une violence et une franchise jusqu'alors inconnue dans l'industrie du cinéma local. Un film ambitieux, très marqué par les codes du cinéma hollywoodien, et en même temps en prise profonde avec la réalité égyptienne. «Ce n'était pas évident de convaincre les producteurs, d'autant que je voulais avoir les moyens nécessaires pour faire un film de standard international, se souvient le réalisateur Marwan Hamed. Le film dure presque trois heures ; il est assez sombre et s'attaque à de gros tabous alors que le public égyptien adore voir des films légers.» Ce qui n'a pas empêché les vedettes de se battre pour figurer au générique aux côtés d'Adel Imam, star incontestée de la comédie arabe, qui sort là de son registre habituel.

«Le débat autour du film est très sain. Tout cela s'inscrit dans la nouvelle dynamique que l'on sent en Egypte, se réjouit Marwan Hamed. Mais il faut être réaliste, ce film, c'est du cinéma, ce n'est certainement pas un moyen de faire pression sur le gouvernement. Un film, ça peut aider à éclairer l'opinion du public.» Avec la censure, ce fan de Scorsese a bataillé pied à pied pour imposer ses scènes. «Mais ce qui a choqué le plus en Egypte et qui a provoqué le plus d'articles dans la presse, ce n'est pas, par exemple, que l'on montre un officier de police qui torture et viole un prisonnier, non ! C'est que l'on évoque l'homosexualité ! souligne-t-il. Tout est sans cesse ramené à la morale, depuis que ce pays a été transformé par l'islam wahhabite venu d'Arabie saoudite.»

Séisme. Pour le public européen, L'Immeuble Yacoubian permet aussi d'aborder d'une autre perspective la plongée dans le radicalisme. Cinglant aussi l'affairisme et la corruption des puissants, le Yacoubian, version filmée, ne trahit pas son roman d'origine. Un roman qui, en ayant miraculeusement échappé aux griffes de la censure, a provoqué un séisme sans précédent dans le monde arabe. Obligés de faire face, les grands d'Egypte tentent depuis de faire bonne figure. Ou presque : Alaa el-Aswany, l'auteur du roman était absent lors de la première du film, au Caire. «La sécurité de l'Etat supprime mon nom de la liste des invités quand un haut personnage est là, sourit-il. Ils ont bien trop peur qu'une discussion s'engage entre eux et moi, et savent bien que je dirais ce que je pense.» Le succès du roman, et aujourd'hui du film qui en est tiré, montre qu'ils sont peut-être de plus en plus nombreux à penser comme lui.


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Published by Genius - dans Les critiques
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commentaires

Malekl 07/08/2009 00:20

J'apprécie ta manière de transmettre l'information!
Bon blog!

Farah 27/05/2009 22:37

Un joli film!
Et quel scandale!

Missy 19/05/2009 22:57

C'est un joli film... Je l'ai vu au moins trois fois!
Merci pour le rappel!

Mauricette 17/05/2009 20:44

Et c'est disponible?

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