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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 01:01
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Alors que son concitoyen John Woo se partage entre la Chine continentale et Hollywood pour gérer ses mégabudgets, Johnnie To représente, lui, la dernière force créatrice d’importance encore en activité à Hong-Kong. À la tête de sa société de production, Milky Way Image, il opère dans une totale indépendance, à l’aise dans tous les genres - surtout dans le polar -, et compense une économie modeste par une énergie et ne inventivité inépuisables. Repéré tardivement par le festival de Cannes qui a accueilli en 2004 l’un de ses films mineurs, Breaking News, le cinéaste a depuis brillé avec Election 1 (2005, en compétition), Election 2 (2006, hors compétition), et Triangle (2007, hors compétition). Et il récidive en 2009 avec un film-évènement d’une heure cinquante minutes intitulé Vengeance, avec Johnny Hallyday, Sylvie Testud, et les acteurs fidèles de Johnnie To, à savoir: Simon Yam, Anthony Wong et Lam Suet.

 

Le film, dont le scénario a été écrit par Wai Ka-Fai, raconte l’histoire d’un retraité qui apprend que sa fille a été assassinée à Hong-Kong et qui reçoit à titre posthume un message de celle-ci lui demandant de la venger. L’homme, un ancien tueur, débarque alors à Hong Kong, bien décidé à exaucer la volonté de sa fille.

 

Le film est une réussite totale: intense, excitant... Dommage qu’il n’ait pas eu la Palme d’or... Mais la renommée du réalisateur n’en a certainement pas besoin!
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Une phrase (réplique ?) n’a cessé de résonner en moi durant l’avant-première de Vengeance, je suppute qu’elle n’ait jamais été prononcée par qui que ce soit, peut-être même n’est-elle que bribe d’invention, une reprise subite et inconsciente de la pensée d’un autre, qu’importe, elle convenait au film : « Il n’y a rien de plus dangereux qu’un homme qui se venge. » A cette réflexion usurpée s’en est adjoint une autre, tout aussi aléatoire et mystérieuse, qui m’apparaissait comme un corollaire assez intéressant : « Il n’y a rien de plus désespéré qu’un homme qui se perd. » Ces deux phrases, accolées, résument joliment le personnage de Costello, cet homme qui se sait éphémère, proche de la fin et qui s’en va la côtoyer de plus près pour venger ceux qu’il aimait, ceux dont il perd peu à peu le souvenir. Hormis cette tergiversation qui normalement aurait dû rester secrète, je n’ai guère eu le temps de penser, trop occupé à vivre le film.

Haletant et hypnotique, Vengeance fascine par sa maîtrise qui, aussi froide et impitoyable s’affiche-t-elle, ne témoigne que de la passion et de la chaleur de son auteur. Chorégraphe de la mort et de la vie qui s'assaillent, cinéphile et cinéphage duelliste, Johnnie To manie la mise en scène comme ses personnages les armes, l’habileté ne se substituant jamais au savoir-faire, tout n’étant ici que question de survie. Des genres. D’un style. Hommage melvillien et détournement du western s’entrecroisent et s’entrechoquent, et par la grâce du cinéma de To, jamais ne s’enveniment. De par la virtuosité des plans et la fluidité du montage, l’art du storytelling du cinéaste hong-kongais gravit les hautes sphères de l’Histoire du cinéma, s’abstenant de dépecer les Maîtres pour au contraire les honorer. Ainsi toute la première partie, reprenant presque couleur pour couleur les images du Samouraï (particulièrement flagrant au commissariat), apporte une densité de style que la seconde partie vient sublimer. Minimaliste, Vengeance s’inscrit au delà du polar : la mise en scène transforme ce qui se joue en ce qui se voit, et c’est d’une poésie magnifique ! Aux fracas des coups de feux répond l’essence de la nature, le bruit de la nuit, immense et flottant ; les feuilles soufflées par le vent font écho aux balles qui transpercent les corps. L’incursion de la nature dans ces ballets de la mort est d’autant plus belle qu’elle s’accompagne à l’image d’un splendide travail sur la lumière, notamment lorsque la Lune va et vient derrière les nuages noirs de la nuit ténébreuse. Le sang se répand et les paysages s’obscurcissent ; dans la nuit avance Costello, flingue à la main, mémoire en lambeaux et regard d’acier pénétrant, tel le loup dans son obscure forêt.

Costello donc, campé par Johnny Hallyday, icône étrangère icônisée comme telle, en toute abstraction de son passé, de ses chansons. Et il ne reste de cette sciure de mythe qu’un type et sa soif de vengeance, luttant contre la péremption de sa mémoire qui complique justement la légitimité de sa mission vindicative. Fringué comme le Costello de 1969, Hallyday ne joue pas mais incarne. S’il prononce peu de mots, laconique Costello, Johnny s’exprime constamment avec son visage, avec son regard. Sa voix d’ailleurs, quelle que soit sa langue, anglais ou français, n’évoque pas véritablement des mots mais plutôt un état d’âme. Le « This is your jacket ? » final, en tant que tel, est en quelque sorte la tirade suffisante, le mot de la fin qui veut tout dire, qui transcrit toute la souffrance, animale, enfantine, in fine primaire, primale, de Costello. Vengeance aurait pu être muet, il n’en aurait été que plus beau. Tel quel, c’est un film virtuose qui manie l’image et l’atmosphère comme plus personne. Melville aurait été fier.
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Published by Genius - dans Les critiques
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commentaires

Salwa 02/08/2009 17:16

Belle critique!

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