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13 juin 2009 6 13 /06 /juin /2009 02:01
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En 1997, Michael Haneke divise et choque profondément les festivaliers lors du festival de Cannes où son Funny Games est présenté en compétition. Le cinéaste autrichien, déjà réputé pour la méticulosité de son style et sa réflexion sans concession à propos de la violence, avait précédemment réalisé Le Septième continent (1989), 71 Fragments d'une chronologie du hasard (1994) et Benny's video (1992). Funny Games représentait en quelque sorte l'aboutissement de ce travail de fond sur la représentation de la violence par les médias. Haneke reste fidèle à son thème de prédilection, comme le prouve son long métrage intitulé Caché (2005) et ce remake de Funny Games.


Lorsqu'il réalise le premier Funny Games, Haneke vise d'abord le public américain. Le film est une sorte de réaction à un certain cinéma américain, violent et complaisant dans cette violence qu'il montre ou suggère. Mais Funny Games - réalisé en Autriche avec des acteurs allemands et autrichiens ; tourné justement en langue allemande - n'atteint et ne touche donc pas le public pris pour cible. Haneke a ainsi accepté de réaliser lui même le remake de son film mais ce remake est-il légitime?

 

Jour après jour, nous le constatons, Hollywood passe son temps à remaker les films importants du passé, voire du présent. Cette obsession est nourrie par le public lui-même. C'est un fait, le très grand public se tourne généralement très peu vers autre chose que le cinéma strictement contemporain. Les films réalisés vingt ans auparavant ou plus ne sont plus regardés.

 

Le cinéma étant souvent considéré comme un divertissement plutôt qu'un art, le grand public n'est pas forcément enclin a faire des efforts pour voir un film, et encore moins quand il s’agit de subir des sous-titres. C'est particulièrement  vrai pour le grand public américain. Hollywood, dans sa logique industrielle du divertissement de masse a intégré ces données. Les studios puisent ainsi régulièrement dans les catalogues pour dénicher quelques valeurs sûres réadaptables aujourd'hui. C'est malheureux à dire, mais même les films d'Hitchcock, longtemps intouchables, sont de moins en moins vus et de plus en plus sujet à des remakes...

 

Funny Games n'a que dix ans mais, parce qu'il s'agit d'un film exigeant tourné en langue allemande, le film n'a donc pas atteint le public à qui il s'adressait. Le remake est légitime dès lors qu'Haneke retourne son film en anglais, avec des acteurs connus et reconnus, se donnant les moyens de toucher directement et enfin le public pris pour cible. La démarche d'Haneke est même d'autant plus noble, sincère et efficace que le réalisateur a retourné son film à l'identique. Funny Games dans sa deuxième version est comme une photocopie couleur à large diffusion d'un document resté jusqu'à aujourd'hui confidentiel.

 

Pour ceux qui ont déjà vu le film original, qui s'en souviennent surtout, voir ce remake n'a pas grand intérêt. Haneke a réellement refait le même film que dix ans auparavant, avec les mêmes plans, le même découpage, la même bande-son et des décors en tous points similaires. Seuls les acteurs changent. Haneke a juste inséré dans son récit et dans sa mise en scène quelques infimes variations et, pour ceux qui connaissent déjà Funny Games, le seul vrai jeu est d'essayer de déceler ces infimes variations. L'intérêt est donc - on l'a déjà dit - limité.

 

Mais la démarche est infiniment plus honnête que pour n'importe quel autre remake habituel. Les mauvaises langues diront qu'Haneke ne s'est pas foulé avec ce film, mais l'on peut aussi dire que le cinéaste a fait l'effort de conserver intacte la richesse et la force de son film original afin d'offrir au public le film qu'ils auraient dû voir dix ans auparavant.

 

Mais cette démarche a quand même ces limites. Puisque nous connaissons bien le film original, difficile pour nous de ne pas comparer point par point chacun des deux films. Notre attention se rapporte inévitablement sur les acteurs. Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt et Brady Corbet sont parfait, il n'y a rien à redire. Juste, la relation entre les personnages nous apparaît quand même ici moins naturelle, plus fabriquée. La sensation est un peu la même que pour un spectateur de théâtre lorsqu'il connaît une pièce qu'il revoit souvent, jusqu'au jour ou les acteurs changent. La pièce est la même. Pour les nouveaux spectateurs dans la salle, elle aura un impact similaire à celui subit par les spectateurs de la veille, mais cette différence fondamentale est fatalement gênante pour le spectateur qui justement était là la veille. Dans le cas de Funny Games, l'impact est quelques peu atténué aussi parce que, en plus,  nous connaissons bien ces nouveaux acteurs alors même que dans le premier film, tous les protagonistes nous étaient parfaitement inconnus. Pour ce film si subtil sur le plan psychologique, ce détail n'a rien d'anodin.

 

     Funny Games est donc un film dont on peut aisément se dispenser de voir si l'on connaît bien l'original. Mais ce film était si important, si intense que, si on ne l'a pas vu, il est essentiel d'en découvrir la copie. Pour les autres, vous ne pourrez que noter quand même ces variations infimes qu'Haneke opère. Et il y en a une qui est même très importante et qui change au final la structure du récit. Ce changement intervient à un moment charnière du film et provoque très habilement une modification de la structure dramatique du film. Ça reste anecdotique et ne modifie en rien le sens, l'impact et la valeur du film. Cela prouve juste à quel point Haneke est malin. Funny Games reste un thriller psychologique cynique, intense, profondément dérangeant.
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Published by Genius - dans Les critiques
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