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3 août 2009 1 03 /08 /août /2009 00:30
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Film
italien, israélien, français (2000).
Guerre.
Durée: 2h 03mn.
Réalisé par: Amos Gitaï
Avec: Liron Lero, Tomer Russo, Juliano Merr, Yoram Hattab, Uri Ran Klauzner  

Synopsis:

Pendant la guerre du kippour, en octobre 1973, weinraub et son ami rousso se precipitent sur le golan a la recherche d'egoz, l'unite speciale dans laquelle ils ont fait leur service militaire. Ils ne la trouvent pas mais rencontrent klauzner, un medecin qui cherche a rejoindre la base aeriene de ramat david. Ils decident alors, de leur propre chef, d'integrer une unite de secouristes de l'armee de l'air.

Critique:

Amos Gitai y était. Il a été mobilisé pour la guerre du Kippour, en octobre 1973. Blessé au bout de six jours, hospitalisé pendant plusieurs mois et traumatisé pendant des années. Il a mis un quart de siècle à y retourner. A remuer les souvenirs. A replonger dans ce soudain chaos, un jour de Grand Pardon... Kippour, le film, n'en dira pas davantage sur l'offensive éclair des Syriens et des Egyptiens. Ces deux heures de cinéma tiennent tout entières en quelques faits très simples. Dans le chaos des premières heures s'est constituée une petite unité de secouristes. Deux copains, Weinraub et Russo, et quatre ou cinq autres, dont un médecin, vont survoler le champ de bataille en hélico, se poser ici, pour évacuer des blessés, là pour récupérer un pilote abattu. La bataille, ils passent après, ils restent à côté. Ils sont largués au milieu de nulle part, sans repères, avec une impression de désastre inéluctable qui peu à peu les submerge. Dans ce film « de guerre », c'est la guerre qui se dérobe à la poignée de jeunes soldats qu'Amos Gitai suit à la trace. On entend le grondement des chasseurs, les explosions proches, on voit des tanks qui passent tout près ou au loin, vers on ne sait où, pour on ne sait quelle action. Weinraub, Russo et les autres ne « font » pas la guerre, il la subissent de plein fouet, s'y enlisent dans un chaos indéchiffrable. Le cinéaste s'en tient à son point de vue. Il n'élargit jamais le champ de vision. Il n'a pas de faits d'armes à raconter, pas d'héroïsme à exalter, pas d'explication à donner, pas de réflexion à développer. Juste des faits qui font à peine une histoire. Il se risque dans un no man's land dramatique où l'action piétine, ressasse, et tourne en rond, à l'image des hommes, piégés par une routine harassante, désespérante. De la psychologie, il reste des réactions élémentaires : la peur, le découragement, la colère, l'affolement. Remarquablement incarnés par des acteurs qui ont mis littéralement leurs tripes dans chaque scène, les personnages sont tout entiers dans leurs gestes, à peine dans ce qu'ils disent. Ils sont au-delà de la parole. Gitai, bien sûr, ne se contente pas de témoigner de ce qu'il a vu et vécu. En longs plans-séquences d'une densité parfois soufflante, il installe une proximité rare avec ces hommes paumés, pour qui tout se joue dans la seconde suivante. Leurs gestes sont inaboutis, les attitudes hasardeuses. On trébuche, alourdi par le poids d'une civière, déstabilisé aussi par l'angoisse de ne pas en sortir. La maladresse, c'est l'effet naturel, imparable, de la fatigue (dans les corps) et du doute (dans les têtes). Dans l'un des grands moments du film qui est aussi le plus absurde, les sauveteurs tentent d'extirper un soldat agonisant du bourbier. Le blessé meurt. S'acharner ne sert plus à rien. Mais ils refusent de renoncer. Ce n'est pas de l'héroïsme. Juste la mécanique humaine qui commande, au-delà de tout raisonnement. Séquence terrible et dérisoire, terrible parce que dérisoire. Ce que filme Gitai, c'est, à travers l'extrême engagement physique, une déroute morale, l'effritement des dernières certitudes. Et dans les (rares) instants de répit entre deux missions s'installe une vertigineuse sensation de vide, de ce vide angoissant qu'on perçoit dans le regard égaré de l'un ou de l'autre. C'est dans la description de ces sensations fugaces qu'Amos Gitai dépasse, de loin, la reconstitution documentaire et construit une authentique fiction. Epaulé par un chef opérateur inspiré, Renato Berta, le cinéaste montre avec une force rare quelque chose de la souffrance intime des hommes. Surtout, il la rend à chaque seconde palpable sans jamais en faire un spectacle. Quand les protagonistes basculent dans le drame, quand leur hélico est frappé en plein vol par un missile, la scène est un modèle du genre. Le choc est si soudain, si peu « valorisé » par les effets spéciaux que, pendant une fraction de seconde, on doute même de ce qui vient de se produire. C'est une horreur qui dépasse l'entendement.
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Published by Genius - dans Les critiques
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