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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 13:09
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A une époque indéterminée, une petite communauté s’est installée dans un village à la lisière d’une mystérieuse et menaçante forêt, habitée par des créatures féroces qui imposent aux villageois de ne pas porter de couleurs vives. Cependant, les menaces de ces créatures vont être de plus en plus nombreuses et le groupe des ainés qui dirigent le village est de plus en plus inquiet.


Ce film était présenté hier soir dans le cadre d’une réflexion autour du cinéma, de l’architecture et de l’urbanisme. Elle était suivie d’un débat, autour de ces sujets, animé par un psychanalyste. Le thème des gated communities a donc été abordé après la projection, mais très rapidement. Les spectateurs ne semblaient pas avoir trop envie de s’étendre sur le sujet. Les remarques ont été assez variées. Ainsi, une spectatrice s’est insurgée contre le fait que l’on condamne ces communautés fermées. Elle voyait un certain intérêt à cet isolement par rapport à une société que l’on serait en droit de rejeter. Elle évoquait également tout le bénéfice que l’on pouvait tirer de cet isolement et prenait pour exemple les communautés religieuses. J’ai été très surpris par ces remarques qui sont un contresens absolu par rapport à ce que j’ai ressenti du film (et qui diffère aussi de ce qu’a voulu dire le réalisateur me semble-t-il). Je ne suis donc d’accord qu’avec moi sur le sujet. Tant pis : à vous de juger.


D’après certains propos du réalisateur et de divers commentateurs, ce village représente un idéal de vertu, à l’image des premières communautés américaines, une sorte de pureté originelle telle que la cultivent les communautés Amish dont, je le rappelle, la règle première est « Tu ne te conformeras point à ce monde qui t’entoure ». Mais peut-on envier cette petite communauté construite sur la douleur de la perte d’un être cher ? Chacun des ainés porte un deuil ancien et qui a le meurtre pour origine. Un deuil qui semble s’être étendu à toute la communauté par une sorte de contagion du traumatisme. Aussi la couleur rouge est-elle interdite parce qu’elle est la couleur du sang. Dans un moment de la première partie du film, à la symbolique assez lourde, une jeune fille arrachera et enterrera une fleur rouge qui m’a semblé d’ailleurs être une fleur de tabac mais je n’en suis pas certain du tout. Est-ce pour évoquer ceux que l’on n’arrive pas à « enterrer », comme on enterre une histoire, alors qu’ils sont inhumés depuis longtemps ? De nombreux personnages sont marqués par le manque ou la perte : une jeune fille est aveugle (absence de vision), son ami est taciturne (absence de parole), un autre ami est fou (absence de raison), deux autres personnages refusent de se toucher par peur de céder à leur désir réciproque (négation du passage à l’acte). Ces éléments montrent que cette société n’est pas en très bon état. L’endogamie commence son travail de sape et voue ce village à l’extinction à long terme. Le film s’ouvre d’ailleurs sur l’enterrement d’un enfant. Cette société a voulu se protéger du mal mais ne peut en aucun cas se protéger de la souffrance et de la mort. Cette ambivalence est symbolisée par la polyvalence de l’image du couteau qui permet de séparer (un enfant de sa mère), qui marque une rupture (le personnage de Lucius aiguise un couteau quand il refuse l’amour d’une jeune fille) ou qui met à mort (Lucius sera victime de plusieurs coups de couteau).


Cette idée de séparation est particulièrement incarnée par le personnage de Noah qui semble totalement coupé de la réalité, schizophrène (en grec : skhizein = fendre). Mais sa folie est le symbole de celle qui s’est emparée de la communauté des ainés qui se trouvent toujours entre deux mondes, entre deux temps : le temps ancien du meurtre qu’ils ont vécu et le temps de la réalité contemporaine.


La spectatrice avait donc tort de reprendre l’exemple des communautés religieuses qui, elles, ne se multiplient pas par les voies naturelles. Le film ne reprend en rien les fondamentaux de ces communautés et il montre plutôt le paganisme de cette petite société qui, lors d’un mariage par exemple, offre la dépouille d’un animal à ceux dont on ne dit pas le nom. De plus, les préceptes transmis par les ainés (ne pas entrer dans la forêt, par exemple) sont fallacieux, sans aucun véritable contenu, et ne peuvent en rien être comparés à une parole divine structurante. Ils offrent seulement l’occasion à quelques adolescents terrifiés de braver maladroitement les interdits. On peut d’ailleurs voir là une certaine parenté avec le contenu d’Harry Potter et d’un grand nombre de contes. L’entrée dans la forêt, lieu de l’innommé, comme transgression est souvent fondatrice. Je pense à Blanche Neige ou au Petit Poucet, par exemple.


Un autre spectateur a évoqué l’intérêt de ce film par rapport à réflexion qu’il propose sur le serment et en particulier celui qui unit les ainés. Il semblait dire que ce serment les unissait et ne pouvait être brisé. Le psychanalyste animateur lui a évidemment répondu que tout le monde pouvait se tromper et que personne n’était obligé de tenir un serment qui lui paraissait mauvais. C’est ce que montre le film dans la mesure où ce serment est prononcé pour instituer un mensonge. D’autres serments, moins forts, sont transgressés : deux protecteurs désignés renoncent à leur mission et abandonnent une jeune fille aveugle par couardise.


Un spectateur s’est demandé si on ne pouvait pas faire un rapprochement avec le conflit israélo-palestinien.  Il n’y a pas eu de réaction tant la remarque a paru, il me semble, trop limitative. Il suffisait de penser à toutes les tentatives d’isolement territorial. Il aurait été intéressant de montrer, par exemple le film Intervention divine d’Elia Souleiman sur Israël ou Possession de Zulawski concernant Berlin. Et pourquoi ne pas parler même de la série Desperate housewives qui se déroule quasiment dans un lieu unique, Wisteria Lane ? A titre personnel, je me suis permis d’évoquer un autre type d’enfermement que l’on peut voir dans le film Bruce Tout puissant de Tom Shadyac.


Une spectatrice a ensuite évoqué à quel point elle avait trouvé ce film magique, poétique et qu’elle avait trouvé la fin surprenante, intéressante.


C’est à cette occasion que je me suis décidé à réagir. J’avais trouvé ce film maladroit, lourd et simpliste. Pourquoi ? D’abord parce que M. Night Shyamalan nous donne certaines pistes qui montrent qu’il nous prend pour des imbéciles. De nombreux commentaires évoquent le fait qu’on ignore l’époque durant laquelle se déroule l’histoire. C’est totalement faux si l’on est un peu attentif dès la première scène du film. Sur la tombe de l’enfant enterré figurent ses dates de naissance et de décès : nous sommes dans les années 1990. Le réalisateur s’est donc dit qu’il fallait donner des pistes que seuls les spectateurs attentifs pourraient voir. Mais quel intérêt y a-t-il à récompenser ceux qui les voient en déflorant à leurs yeux une partie de l’histoire ?


Ensuite, schématisons l’histoire : une communauté repliée sur elle-même a besoin, pour subsister, de diaboliser un monde extérieur jugé comme néfaste par un petit groupe et c’est ainsi qu’elle va perdurer. Comment ne pas y voir la métaphore d’une société américaine paranoïaque qui a cru trouver sa cohérence dans la création d’un axe du mal externe qui ne chercherait qu’à lui nuire ? Que penser alors du réalisateur qui voit dans ce village un « espoir » face au chaos du monde ? La première conclusion serait de dire qu’il cautionne d’une certaine manière la politique de George Walker Bush. J’insiste sur Walker qui, dans le film, est le nom du professeur dirigeant le village, donc le nom de sa fille qui, grâce à lui et pour le seul bénéfice de son enfant,  va justement sortir du village et rencontrer un membre de la société Walker protectrice du parc Walker au dessus duquel ne passe aucun avion., [garantie qu’aucune tour jumelle ne sera percutée dans le petit village ?]. C’est la Fondation Walker qui a permis à un groupe de personnes riches de garantir leur sécurité. Est-ce cela que vante le réalisateur l’année même de la réélection de Bush ?


En anglais, le walker est celui qui marche. A mon avis, il ne marche pas bien. Il existe un homme qui marche qui me séduit bien davantage. Cet homme simple, immense, effilé, matériel et immatériel, sombre et terrible et qui va de l’avant. Merci Giacometti.


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Published by Genius - dans Les critiques
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commentaires

Mathilde 22/08/2009 01:17

Bonne critique d'un film des plus extraordinaires!

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